Aloe vera : on exagère un peu…

Aloe vera : on exagère un peu…

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Une vague de bienfaits pourrait s’abattre sur vous si vous consommez ou utilisez des produits à base d’Aloe vera. C’est en tout cas ce que promettent ceux qui les commercialisent. Avec beaucoup d’exagération !

Une plante médicinale est actuellement très en vogue : l’Aloe vera. Selon ceux qui en font la promotion, elle serait efficace pour la santé de la peau (contre son vieillissement, l’eczéma, la peau sèche, l’acné, le psoriasis, l’impetigo, l’urticaire, les brûlures et coups de soleil, les plaies de toutes sortes), fortifierait les cheveux et les ongles, éliminerait les pellicules… Mieux : elle jouerait un rôle anti-cancer en fournissant des antioxydants « puissants », en renforçant le système immunitaire, et en luttant contre les phénomènes d’inflammation. Elle stimulerait le métabolisme, combattrait la fatigue, diminuerait le risque d’infections, serait antiseptique et antifongique, favoriserait le renouvellement des cellules saines mais pas des cellules cancéreuses, combattrait diabète, cholestérol, herpès génital… Enfin, elle lutterait contre les troubles gastro-intestinaux (constipation, troubles de la digestion, maladie de Crohn, ulcères et inflammations digestives, etc.) et assainirait la flore intestinale. La liste de ses bienfaits serait donc longue, mais ne serait-elle pas un peu exagérée ?

Suc ou gel ?

Les extraits d’Aloe vera sont soit récoltés dans la feuille épaisse (le gel), soit constitués du liquide qui s'écoule de la feuille coupée (le suc). Les deux possèdent des propriétés bien différentes. « On retrouve dans le suc de la plante essentiellement des anthraquinones, alors que le gel, de composition complexe, est, pour sa part, riche en polysaccharides », explique le Pr Pierre Duez, du service de Chimie Thérapeutique et Pharmacognosie à l’UMONS. Le gel est surtout utilisé en cosmétique, mais également sous forme de capsules et gélules à prendre par voie orale alors que le suc sera réservé à la voie orale.

Purgatif trop puissant

Mais l’Aloe vera est-il ce produit miracle comme les fabricants nous le présentent ? « Pas du tout, même s’il peut effectivement présenter quelques effets positifs. Le plus documenté scientifiquement est son effet laxatif, voire purgatif. (1) Grâce aux anthraquinones, le suc et ses extraits agissent sur les cellules de l’intestin, provoquant un effet irritant et un afflux d'eau qui se traduisent par un effet laxatif. Le suc d’Aloe vera peut se marquer par un effet drastique et il est conseillé de ne l’utiliser que pour débloquer une situation problématique, sur une courte durée, mais certainement pas en continu. Sinon, la personne qui en consomme risque de se retrouver avec un intestin paresseux, qui entraîne une accoutumance, voire une dépendance aux laxatifs, et des problèmes électrolytiques, comme une perte importante de potassium. »

Les autres vertus attribuées au gel ne sont actuellement pas suffisamment étayées par des études cliniques. Une importante revue de la littérature (2) ne confirme pas que le gel d’Aloe vera, hors utilisation cosmétique, soit réellement efficace en usage interne pour booster le système immunitaire des séropositifs ou en tant qu'adjuvant pour le traitement de diabète, de cancer, d’hépatite, d’hypercholestérolémie, ou encore de maladies de l’intestin, comme le côlon irritable, par exemple.

Argument cosmétique

Le gel d’Aloe vera est donc particulièrement prisé par l’industrie cosmétique. « Il y est bien utilisé pour son effet adoucissant, émollient. Mais quand l’Aloe vera présente une activité avérée, elle apparaît relativement faible », précise le Pr Duez. Selon la revue de littérature, cette plante semble réduire la douleur causée par le lichen plan (irruptions cutanées et démangeaisons dans la bouche), favoriser la guérison des boutons de fièvre (herpes simplex) ou réduire les plaques de psoriasis (sans pour autant améliorer les autres symptômes du psoriasis). Par contre, les allégations sur un effet positif pour limiter les atteintes cutanées après une radiothérapie ou après un coup de soleil semblent largement exagérées.

S’il faut trouver quelques effets encore à confirmer, ils concernent les indications de sécheresse de la peau, de problèmes buccaux (gingivite, plaque dentaire, mucite), de piqûres d’insectes, de petites blessures, d'escarres, de pellicules ou encore de brûlures par le froid.

Des études peu approfondies

Mais c’est bien là que le bât blesse : il est difficile de mener des études scientifiques rigoureuses et celles qui sortent sont souvent peu fiables : « Coûteuses, elles sont souvent menées sur un petit nombre de personnes, à très petite échelle, parfois de manière non rigoureuse, parfois sans groupe contrôle. Et comme il s’agit de produits à base de plantes, qui sont souvent repris comme compléments alimentaires et non comme médicaments, les fabricants ont rarement besoin de plus. Il leur suffit d’avoir un résultat positif sur un petit nombre de patients pour construire des arguments publicitaires et convaincre les clients potentiels », insiste le Pr Duez qui considère néanmoins que l’état des connaissances sur Aloe vera est probablement proche de la réalité.

L’autre élément qui favorise le doute sur les bienfaits prétendus est l’exploitation d’études menées in vitro ou sur des animaux de laboratoire, et extrapolées à une utilisation à échelle humaine. « Entre les constatations d’effets positifs en laboratoire et une utilité clinique, il y a un pas de géant ! Or, seule l'utilité clinique avérée devrait guider l'utilisation de ces produits. De tels arguments abusivement extrapolés sont utilisés par des vendeurs qui, souvent, commercialisent des produits non standardisés dans des circuits parallèles, notamment via internet. »

Les aléas de l’Aloe

Les produits à base d’Aloe vera ne sont donc pas standardisés, ce qui signifie que leur teneur en principes actifs varie d’un produit à l’autre, avec à la clé des effets qui peuvent varier. « De plus, pour beaucoup de plantes, notamment le gel d'Aloe vera on ne connaît pas encore complètement la phytochimie, c’est-à-dire les composés qui sous-tendent l’activité réelle observée : on constate qu’une activité est rapportée en usage traditionnel, que des effets sont manifestes sur l'un ou l'autre modèle, parfois en clinique, mais on ne peut entièrement les expliquer. Or, les plantes sont des organismes complexes, qui contiennent des milliers de substances… C’est aussi pour cela qu’il faut être attentif aux interactions avec des traitements que l’on prend, en particulier chez les cardiaques ou les insuffisants rénaux. Les plantes ne doivent pas se prendre à la légère; rappelons que, parmi les poisons les plus efficaces que nous connaissions, beaucoup sont originaires de plantes. En ce qui concerne les préparations à base de suc d’Aloe vera, je pense aussi que les femmes enceintes et allaitantes doivent rester vigilantes car, pour les premières, cela peut provoquer des contractions utérines – et l’on sait que la constipation touche souvent les femmes enceintes qui pourraient être tentées par un traitement qu’elle pensent « doux » – et, pour les secondes, les substances passant dans le lait maternel, il vaut mieux ne pas exposer le bébé », met en garde le Pr Duez. L’EMA ne conseille pas non plus de donner ces traitements à des enfants.

En conclusion, que penser de l’Aloe vera ? « Je déconseille de prendre les produits à base de suc contre la constipation, car ils sont trop agressifs. Il existe des méthodes plus adéquates, comme l’alimentation ou une supplémentation à base de fibres. Pour les préparations à base de gel, je pense qu’il n’existe probablement pas de risque, excepté évidemment, celui d’allergie. Si effet il y a, il est faible, et les indications sont rares. Mais si les utilisateurs sont contents… »

Quel aloe ?

Ce que nous appelons Aloe vera est aussi connu sous l'ancien nom d’Aloe barbadensis (aloès des Barbades). C’est celui qui est le plus utilisé en cosmétique ou dans les compléments alimentaires que nous trouvons en Belgique. Il y a aussi des produits à base d’aloès du Cap (Aloe ferox), dont le suc est moins riche en substances actives.

Références :

1. http://www.ema.europa.eu/docs/en_GB/document_library/Other/2013/08/WC500147372.pdf

2. http://www.nlm.nih.gov/medlineplus/druginfo/natural/607.html

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