Du sport contre la fonte musculaire

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Le phénomène est connu : en vieillissant, les muscles « fondent ». Il a même un nom : la sarcopénie. Mais la connaissance s’arrête à peu près là. C’est pourquoi deux chercheurs liégeois cherchent à identifier les personnes les plus à risque et la meilleure prévention. Celle-ci tient en un seul mot : bouger !

Ce n’est qu’en 1989 que la science s’est intéressée à la sarcopénie, un phénomène jusque là considéré comme un impondérable du vieillissement, qui se caractérise par la perte de la masse musculaire et la diminution de sa qualité. Un phénomène qui prédispose au risque de chute, à la perte d’autonomie et au placement dans une institution. Deux chercheurs liégeois ont lancé une vaste étude longitudinale de suivi (SarcoPhAge) pour mieux cerner les personnes qui sont le plus à risque, et chercher si une prévention et un traitement étaient possibles.

Mais un écueil s’est posé dès le départ : « Même si, désormais, le monde médical et scientifique accorde plus d’intérêt à la sarcopénie, nous partons avec un bagage de connaissances assez léger : peu d’études ont porté sur ce syndrome gériatrique, ses conséquences à court, moyen et long terme, et nous disposons de très peu de données épidémiologiques belges sur ce sujet », déplore le Pr Olivier Bruyère, du Service de Santé publique, Épidémiologie et Économie de la Santé de l’Université de Liège..

Définir la sarcopénie

Et ces études existantes ne semblent même pas parler de la même chose… « En effet, il n’existe toujours pas de consensus scientifique pour définir la sarcopénie », poursuit Charlotte Beaudart, chercheuse qui consacre à ce sujet sa thèse de doctorat, dans le cadre de l’étude SarcoPhAge. « Nous avons dès lors choisi de nous baser sur la définition de l’European Working Group on Sarcopenia in Older People. Elle établit que la sarcopénie se caractérise par une masse musculaire réduite, à laquelle s’ajoutent une force musculaire faible ainsi qu’une performance physique limitée. » Les deux chercheurs ont également choisi de suivre les seuils de perte musculaire, de force physique ou de capacités physiques fixées par ce Groupe, afin d’avoir une base de comparaison fiable, ce qui manque actuellement…

C’est pour progresser dans ce sens que l’étude SarcoPhAge a été mise au point par l’Université de Liège. (lire plus bas les détails de l'étude)

Des résultats étonnants

Sur base de ce panorama complet de l’état de santé des personnes âgées suivies, l’étude montre une prévalence de la sarcopénie de 13.7% (11.8% chez les hommes, 14.9% chez les femmes). « Ce qui est étonnant, c’est que la prévalence selon le sexe varie en fonction de l’âge : si elle est équivalente chez les 65-69 ans autour de 16%, entre 70 et 79 ans, on assiste à une augmentation chez les femmes avec une prévalence qui monte à 27.1% contre 20% chez les hommes ; mais après 80 ans, la tendance s’inverse et la sarcopénie touche 44% des hommes contre 29.2% des femmes…, s’étonne Charlotte Beaudart. Il n’est pas possible de savoir si d’autres études ont mené au même constat, puisque nous ne nous sommes pas basés sur les mêmes définitions, les mêmes valeurs seuil, ni même sur les mêmes paramètres. »

« Il est important d’éduquer les personnes âgées à pratiquer régulièrement des activités physiques, et idéalement aussi des activités de résistance. »

L’étude montre aussi que les 73 personnes avec sarcopénie avaient un indice de masse corporelle plus faible ainsi que des mesures anthropométriques (circonférence de la taille, du poignet et du mollet) plus basses. Elles avaient plus souvent recours à des aides pour la marche et prenaient plus de médicaments, en particulier des traitements pour les affections respiratoires, le système nerveux, la douleur et la fièvre ou encore les maladies ostéo-articulaires. Leurs fonctions cognitives étaient également plus faibles, de même que leur statut nutritionnel.

De l’activité physique à tous les âges !

Les muscles doivent s’entretenir. Et l’on répète souvent dans ces colonnes qu’avec l’âge il est encore essentiel de continuer à bouger. Une vérité qui vaut, d’après cette étude, davantage encore pour certaines personnes plus à risque : celles avec un BMI plus faible, les personnes plus frêles, qui mangent peu et doivent déjà s’aider pour marcher devraient suivre un programme de prévention spécifique au plus vite. La prévention porterait évidemment sur la réduction des chutes, vu que la faiblesse musculaire engendre un plus grand risque de chute de la personne âgée, mais aussi une prévention plus active. Et celle-ci passe inexorablement par une culture de l’activité physique pour tous, en particulier au 3è âge. Cela pourrait permettre à des personnes âgées de rester autonomes plus longtemps, et retarder le moment d’entrer dans une maison de repos… voire l’éviter ! « Il est dès lors important d’éduquer les personnes âgées à pratiquer régulièrement des activités physiques, et idéalement aussi des activités de résistance », insiste Charlotte Beaudart. Un créneau pour les salles de fitness, qui pourraient ouvrir leurs portes en journée pour accueillir des personnes plus âgées, et leur offrir des exercices adaptés ? En tout cas, de nombreuses possibilités existent, de la gymnastique douce au tai-chi, en passant par la marche nordique, ou simplement les balades à pied ou à vélo, à son rythme… tout est bon à prendre, et il n’y a pas d’âge pour commencer.

Car il ne faut pas compter sur des traitements médicamenteux : il n’existe toujours rien pour traiter la sarcopénie, même si quelques molécules sont en développement. C’est pourquoi il n’est pas utile, à l’heure actuelle, de miser sur un dépistage systématique, puisqu’aucune réponse ne pourra être apportée.

 

L’étude liégeoise

L’étude SarcoPhAge a rassemblé, entre juin 2013 et juin 2014, 534 personnes âgées de plus de 65 ans, qui ont choisi volontairement d’y participer. Après avoir dressé leur profil sociodémographique et médical ainsi que leur mode de vie, les chercheurs ont mesuré leur masse musculaire, leur force musculaire (à l’aide d’un dynamomètre) et leurs performances physiques (à travers une série de tests comme se lever à 5 reprises d’une chaise, marcher 4 mètres et évaluer l’équilibre). Voilà pour les mesures classiques que d’autres études reprennent. Mais les chercheurs liégeois sont allés beaucoup plus loin pour dresser un profil plus complet et identifier d’autres facteurs de risque : consommation d’alcool, tabagisme, consultation d’un kinésithérapeute, utilisation d’aide à la marche, historique de fracture et d’hospitalisation et consommation de médicaments, mais aussi l’indice de masse corporelle, la circonférence de la taille, du mollet et du poignet, le degré d’autonomie dans les gestes du quotidien. Ajoutez encore à cela une évaluation des capacités cognitives, de la présence d’une éventuelle dépression, une étude du statut nutritionnel, de la fatigue engendrée par les activités quotidiennes, de la résistance à la fatigue, du risque de chute, de la capacité respiratoire ou de la densité minérale osseuse, et l’on comprendra que cette étude apportera des informations très précises et précieuses sur le profil des personnes atteintes de sarcopénie.

« Nous sommes par ailleurs parmi les premiers à intégrer dans l’étude une évaluation de la qualité de vie : douleur, vitalité, sentiment d’être en bonne santé physique ou mentale, limitation dans les mouvements dus à des problèmes physiques ou psychologiques, maintien d’une vie sociale... », ajoutele Pr Olivier Bruyère. Mais puisque les questionnaires classiques n’étaient pas adaptés, son équipe, en collaboration avec des collègues suisses et français, a élaboré le questionnaire SarQoL (Sarcopenia & Quality of Life), plus spécifique.

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