La femme enceinte doit bien contrôler son asthme

La femme enceinte doit bien contrôler son asthme

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Un bon contrôle de l'asthme chez la femme enceinte est essentiel, car sans cela, des effets néfastes pourraient toucher la future maman ainsi que son bébé. C'est la conclusion d'une revue d'études publiée récemment, et qui confirme ce que certains assènent depuis déjà quelques années...

Le moment de la grossesse est souvent anxiogène chez les futures mamans. Convaincues que les médicaments sont néfastes pour leur bébé, elles peuvent refuser de les prendre alors que dans certains cas, ils sont nécessaires et sans impact… C’est le cas de certaines femmes asthmatiques (une future maman sur dix), parfois avec le soutien de leur gynécologue. Pourtant, il est possible de poursuivre un traitement sans danger.

Ne pas arrêter son traitement sans avis

La grossesse influence l’asthme et inversement. C’est l’enseignement qui est asséné par François Vermeulen, kinésithérapeute au service de pneumologie du CHU Saint-Pierre à Bruxelles. « Si un tiers, environ, des futures mamans asthmatiques ne constatent aucune différence dans leur maladie durant leur grossesse, un autre tiers va la voir régresser tandis qu’un troisième la verra s’aggraver… Bien que difficile à prédire, cela dépend généralement du degré de sévérité de l’asthme avant la grossesse : s’il était élevé, alors il y beaucoup de risque qu’il s’aggrave. Par ailleurs, si la future mère a déjà connu une aggravation de son asthme au cours d’une grossesse précédente, il en sera a priori de même pour les suivantes… »

François Vermeulen a la chance de travailler de concert avec des pneumologues, lui qui s’est spécialisé notamment dans l’éducation des patients asthmatiques. Il réalise une thèse sur l’évaluation du contrôle de l’asthme et a entamé une étude sur l’intérêt de l’éducation des femmes enceintes asthmatiques sur le niveau de contrôle de l’asthme. « Dans ce cadre et à la consultation, il est frappant de voir régulièrement arriver des patientes qui ont arrêté leur traitement pour l’asthme soit spontanément, soit sur conseil de leur généraliste ou gynécologue. Une discussion avec mes collègues pneumologue à ce sujet amène au même constat. Les recommandations actuelles vont pourtant dans le sens contraire et le fait de continuer le traitement de fond et même de traiter le plus précocement possible les aggravations de symptômes durant la grossesse ont un effet bénéfique démontré. »

Cette décision d’interrompre le traitement, considérée comme inappropriée par les pneumologues, il l’attribue à un manque de connaissance de la situation particulière de l’asthme au cours de la grossesse par certains autres professionnels de la santé. « Les gynécologues ou médecins généralistes qui souhaitent arrêter le traitement devraient systématiquement envoyer la patiente chez une(e) pneumologue pour se faire évaluer et conseiller. »

Souffrance en cascade

En cas d’arrêt du traitement, pourtant, l’inflammation a tendance à reprendre le dessus : l’asthme n’est alors plus contrôlé, la femme risque une détresse respiratoire de jour comme de nuit avec les conséquences que l’on imagine sur le sommeil. « Pire, le fœtus respire mal aussi, car l’hypoxémie chez la mère, et un pH sanguin modifié a un effet chez le fœtus : retard de croissance intra-utérin, taux de pré-éclampsie plus élevé, risque augmenté de césarienne, prématurité… »

Parfois même, si la femme fait partie de ce tiers dont l’asthme s’aggrave, les doses du traitement peuvent être augmentées. « Si elles sont compliantes, on constate une amélioration du contrôle de l’asthme et la grossesse à de bonnes chances de se poursuivre alors tout à fait normalement ! »

Les traitements qui posent problème

Deux types de traitement posent question : les anti-leucotriènes et les antihistaminiques. « Pour le premier, s’il est pris avant le début de la grossesse, on peut le poursuivre ; par contre, il semble qu’il ne soit pas conseillé de commencer à le prendre pendant la grossesse. Quant aux antihistaminiques, ils seront pris a minima… Cela dit, les recommandations ne tranchent pas clairement, vu l’absence d’études pour des raisons évidentes d’éthique. Par contre, on sait que les corticoïdes inhalés, utilisés seuls ou en combinaison avec un bronchodilatateur à longue durée d’action, ne posent aucun problème. Il arrive même fréquemment que les doses soient augmentées. L’important est d’assurer un suivi régulier. »

Et l’éducation dans tout ça ?

L’un des problèmes récurrents dans la prise en charge des femmes asthmatiques, enceintes de surcroît, est le manque de temps dont dispose le praticien. L’idéal, pour François Vermeulen, serait pourtant, en plus de prescrire le traitement médicamenteux, de prendre le temps d’expliquer aux patientes les tenants et aboutissants de la relation entre leur asthme et leur grossesse. C’est le sujet même de son étude en cours. « Actuellement, 15 patientes ont été recrutées à Saint-Pierre et Brugmann. Deux groupes sont créés : l’un reçoit une éducation et son traitement conventionnel, et l’autre uniquement son traitement. L’éducation thérapeutique (1 à 3h selon les cas) est dispensée durant les 20 premières semaines de grossesse. Un relevé des paramètres observés dans l’étude est réalisé à 36 semaines, car on a constaté un pic des éventuelles complications entre la 29e et la 36e semaine. 12 semaines après l’accouchement, période durant laquelle l’asthme revient à son niveau d’avant-grossesse, la situation est à nouveau réévaluée. »

Se connaître...

L’éducation thérapeutique consiste à expliquer ce qu’est l’asthme, pourquoi il survient, ses mécanismes, comment fonctionnent les traitements, et à dé-stigmatiser les corticoïdes inhalés qui font l’objet de beaucoup d’idées reçues et de craintes injustifiées. « Nous leur apprenons à reconnaître les symptômes, à les éviter si l’on a identifié les moments où ils surviennent, à réagir en conséquence, à adapter les doses si nécessaire après nous avoir contacté. Nous avons d’ailleurs une ligne directe (gsm) que nous leur communiquons pour qu’elles puissent nous demander des conseils à tout moment. Le troisième axe est le suivi (para)médical durant la grossesse. »

Cette prise en mains de son asthme donne de bons résultats chez les adultes et les enfants, mais doit encore être objectivé chez les femmes enceintes et ce, grâce à l’étude, mais ne bénéficie d’aucun soutien, contrairement à ce qui se fait pour l’autocontrôle du diabète… Une idée à creuser ?

 Référence: Michelle H Goldie, Chris E Brightling. Asthma in pregnancy. The Obstetrician & Gynaecologist, 2013; DOI: 10.1111/tog.12048
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