Les bienfaits insoupçonnés du chewing-gum!

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Qui n’a jamais été tancé par un professeur alors qu’il mâchait nonchalamment un chewing-gum ? Et pourtant, s’il avait su (et si les professeurs d’aujourd’hui savaient !), ce prof aurait même plutôt eu envie de les distribuer à tous les élèves dès l’entrée en cours ! Car mâcher du chewing-gum présente des vertus… parfois inattendues !

Un petit tour de la littérature scientifique sur les bienfaits du chewing-gum nous laisse particulièrement pantois ! Ce petit bout caoutchouteux tellement décrié peut parfois être une aide utile, même sur le plan médical. Qui l’aurait crû ?

En prévention des otites

Commençons par les chewing-gums pour les enfants de moins de 12 ans, en prévention des otites moyennes aiguës. Une revue d’études scientifiques sérieusement menées indique que chez les enfants qui ne sont pas particulièrement sujets aux infections aiguës des voies supérieures, mâcher régulièrement du chewing-gum réduit leur risque de 25%. Pour cela, ils doivent consommer des chewing-gums au xylitol, à raison de 2 morceaux cinq fois par jours après les repas et les mâcher durant au moins 5 minutes. Le xylitol, utilisé comme substitut au sucre, semble par lui-même avoir un effet préventif, mais le fait de mâcher semble ajouter à cette efficacité, probablement par un effet mécanique, lorsque l’on ouvre et serre régulièrement les mâchoires. Notons que mâcher du chewing-gum alors que l’otite est déjà installée ne semble pas avoir d’effet sur la durée de la maladie. (1)

Il peut être bon pour les dents...

Les moins jeunes d’entre nous se souviennent à quel point le chewing-gum pouvait s’avérer catastrophique pour les dents. Oui, mais ça, c’était avant ! Aujourd’hui, le sucre a été banni dans une bonne partie des marques, et remplacé par des substituts moins générateurs de caries dentaires. Notamment, toujours le fameux xylitol, un édulcorant naturel (repris aussi sous la dénomination E967) présent notamment dans de petits fruits sauvages ou l’écorce de bouleau, ou le sorbitol (E420), une substance sucrante naturelle présente par exemple dans le pruneau.

Les méfaits du sucre étant écartés, des études ont donc cherché à voir l’impact de ces édulcorants naturels (les polyols). Et concernant les caries, il semble bien que la balance penche du bon côté. Non seulement ils ne provoquent pas des caries, mais ils protègent même les dents contre les attaques : les chewing-gums au xylitol ou au xylitol et sorbitol présentaient de meilleurs résultats que les autres gommes, mais aussi par rapport à ceux qui ne mâchaient jamais de chewing-gum. (2)

Il semble en effet que le xylitol ait la capacité à modifier la flore buccale, et aurait des effets contre certains types de streptocoques (dont le Mutans streptococci) impliqués dans la formation de la plaque dentaire : celle-ci est produite en moindre quantité et elle adhère moins aux dents, ce qui favorise moins la formation de caries.

Par ailleurs, le xylitol incite à fabriquer plus de salive, dont l’un des rôles est tout de même de lutter contre les dégâts que les aliments peuvent provoquer sur l’émail dentaire et de le reminéraliser. Bref, on pourrait se contenter de consommer des comprimés de xylitol, mais sous forme de chewing-gum, l’effet est direct sur les dents et dure plus longtemps. Certains vont donc jusqu’à prôner l’utilisation de chewing-gum contenant des substances comme du calcium, de bicarbonate ou du xylitol pour réduire le risque de caries, même en classe ! (4)

De la mère à son enfant

Mieux encore : les effets du xylitol se transmettraient de la mère à son enfant. En effet, les enfants de femmes qui avaient consommé régulièrement des chewing-gums ou bonbons au xylitol dès que leur bébé avait 3 mois, étaient davantage protégés des caries en tout cas jusqu’à l’âge de 6 ans que d’autres enfants. Il semble en effet qu’ils ont échappé à ce que l’on appelle la « fenêtre d’infection » de la mère à l’enfant qui se situe lorsque l’enfant a de 19 à 31 mois environ, période où les mères ont tendance à « rincer » la tétine tombée à terre en la mettant en bouche, ou encore à partager des aliments et couverts… et par la même occasion la flore microbienne de leur salive ! Les propriétés protectrices du chewing-gum au xylitol passent donc par cette voie, même si l’enfant n’a jamais rien mâché ! (5)

Peut-on cependant croire aux promesses des fabricants de chewing-gums au fluor, lorsqu’ils promettent des effets positifs sur l’émail dentaire ? Ici, il faudra un peu déchanter : selon la Cochrane Collaboration, un institut indépendant qui reprend les études scientifiques fiables et en tire des conclusions basées sur l’évidence, les suppléments au fluor, notamment sous forme de chewing-gums, ont un léger effet sur les dents adultes avec une protection augmentée de 25% ; par contre, sur les dents de lait ou les toutes jeunes dents, aucun effet protecteur ne peut leur être attribué… (6)

Dans tous les cas, il ne faudra tout de même pas s’imaginer qu’il suffira de mâcher à longueur de journée des chewing-gums sans sucre pour se protéger des caries : la brosse à dents et le dentifrice ont encore de beaux jours devant eux car ils restent les meilleures méthodes de protection.

Extincteur d’acidité à l'estomac

Mâcher du chewing-gum présente aussi des effets positifs sur l’estomac, en particulier chez des personnes qui souffrent du brûlant et de reflux acides. Leur consommation provoque une surproduction de salive, basique, qui va diminuer l’acidité dans l’estomac. (7) Si vous êtes sujet aux « aigreurs » d’estomac, par exemple après un repas copieux, il est donc conseillé de prendre un chewing-gum et de le mâcher pendant environ une demi-heure, histoire d’avoir le temps de faire diminuer le taux d’acidité. (8) Et pour plus d’efficacité encore, il faudrait pouvoir choisir une gomme avec du bicarbonate, ou du carbonate de calcium, mais cela ne se trouve pas à tous les coins de rue…

Pour en revenir à nos chewing-gums, préférons-les toujours sans sucre, pour préserver nos dents, mais attention néanmoins aux troubles susceptibles d’être causés par les édulcorants, additifs ou colorants, comme les ballonnements et flatulences chez certaines personnes sensibles. (lire plus loin)

Après une opération

Un domaine qui semble aussi mettre la majorité d’accord, c’est l’utilité du chewing-gum après une intervention chirurgicale, pour remettre en marche le système digestif. Ainsi, bon nombre d’études ont montré qu’après une césarienne (9), ou une intervention chirurgicale au niveau du côlon (12) comme une colectomie (13), ou encore du système urinaire (14), le fait de mâcher du chewing-gum restaure plus rapidement la fonction de l’intestin, réduit la durée des flatulences habituelles après une opération, et accélère l’émission de selles. Des conclusions qui se confirment tant chez les adultes que chez les enfants qui seront ravis de se voir « prescrire » des chewing-gums à l’hôpital s’ils étaient habitués à se faire réprimander lorsqu’ils mâchouillent ! Néanmoins, la durée d’hospitalisation n’en est pas nécessairement réduite pour autant…(10,11)

C’est bon pour le moral ?

Les bienfaits du chewing-gum ne s’arrêtent cependant pas à la santé physique ; ils se retrouvent aussi dans la santé mentale. Même si les études sont plus difficiles encore à mener, puisque les émotions sont par nature subjectives et donc plus sujettes à discussion, il y a des pistes intéressantes. Ainsi, une étude a comparé des personnes qui souffraient d’une dépression légère à modérée qui recevaient des antidépresseurs. Ces personnes ont été divisées en deux groupes : l’un recevant son traitement seul, l’autre ajoutant la consommation régulière de chewing-gum.

Résultat : les personnes dépressives qui recevaient le chewing-gum semblaient bénéficier le plus du traitement, avec des scores de dépression plus abaissés que les autres après 6 semaines. Précision importante : le chewing-gum n’est pas un traitement contre la dépression en tant que tel, mais il permet de réduire certaines plaintes, comme la perte d’appétit ou les flatulences, ce qui avait un effet positif sur le bien-être, donc contribuait à diminuer le sentiment de mal-être… (15)

Contre le stress

Une autre étude plaide pour un effet antistress du chewing-gum. Chez les animaux, il a été constaté que le fait de mordre fait diminuer le taux de certains neurotransmetteurs (catécholamines) ou même de neurones, tous directement impliqués lors d’événements stressants. Des chercheurs considèrent que pareil effet est possible également chez l’homme. (16) Néanmoins, le bénéfice est à court terme, même chez des personnes saines, car dès que l’on regarde à long terme, les différences ne sont plus significatives…

Le chewing-gum a été aussi testé chez des étudiants d’université, pour tester son effet sur le stress, la dépression, l’anxiété, la fatigue et le rendement de l’étude. Deux études dans la même publication présentent néanmoins des résultats quelque peu différents. Si les deux sont d’accord pour conclure que le stress ressenti diminue proportionnellement à la quantité de chewing-gum consommée, de même que la sensation de ne pas avancer dans son travail et l’amélioration de l’humeur globale, elles ne sont pas d’accord pour son effet sur la fatigue ou la dépression… (17,18)

Rien n’empêche de s’en passer, puisque le risque d’effets secondaires est quasi nul. 

Plus efficace au boulot ?

Cette meilleure « productivité » des étudiants semble d’ailleurs se confirmer dans la plupart des recherches qui montrent que mâchouiller pendant que l’on s’attèle à un travail intellectuel augmente l’attention, la rapidité de réaction, l’apprentissage et peut-être même la mémoire ; mais là, le sujet est plus controversé.

Tout d’abord, la réactivité, la vivacité d’esprit : il semble que le fait de mâcher augmente l’irrigation sanguine de certaines régions du cerveau. Une étude récente sur seulement 19 personnes – ce qui est peu représentatif tout de même – montre que lorsque les cobayes mâchaient un chewing-gum pendant un exercice demandant des réactions rapides, leurs résultats étaient de 10% supérieurs aux autres. (19)

Toujours très récemment, des chercheurs ont confirmé d’autres études qui concluaient que le chewing-gum aide à se concentrer plus longuement sur des tâches nécessitant une attention soutenue durant de longues périodes. (20) L’auteur de l’étude affirme : « Il est bien établi que le chewing-gum améliore le fonctionnement de certaines aires cérébrales impliquées dans la cognition, notamment dans la concentration dans des tâches visuelles. Dans notre étude, nous nous sommes intéressés à des résultats portant sur l’attention dans des tâches auditives qui impliquent la mémoire immédiate. » Les résultats semblent donc concluants, mais auprès de 38 personnes seulement… (21)

Mais attention tout de même…

Tous ces avantages ne doivent cependant pas nous faire perdre de vue quelques inconvénients d’une consommation trop importante de chewing-gum. Par exemple, ceux contenant des substituts au sucre peuvent générer des flatulences et des ballonnements chez des personnes sensibles, étant donné qu’ils ne peuvent être décomposés que par les bactéries du côlon, qui dégagent des gaz carbonique et du méthane.

Une consommation trop régulière des polyols, ces édulcorants naturels comme le xylitol ou le sorbitol, peut aussi provoquer de la diarrhée chez les personnes sensibles. En effet, le xylitol, par exemple, retient l’eau, générant un effet laxatif. C’est également le cas pour le sorbitol.

Autre souci qui peut se poser chez les porteurs de plombages : ceux-ci risquent bien de ne pas résister à ce mâchage permanent. Donc trop de chewing-gum pourrait contribuer à déceler les plombages… et à coûter cher en dentiste.

Enfin, avec des messages trop positifs, comme ceux qui sont exposés ci-dessus, notamment en termes de bénéfice sur les dents, certains pourraient croire qu’ils peuvent faire l’impasse sur une bonne hygiène bucco-dentaire et oublier leur brosse à dents, se contentant de leur chewing-gum après chaque repas, comme le suggèrent d’ailleurs les publicités. Ce serait une grave erreur, car le brossage des dents est et reste la mesure numéro un pour éviter les caries, la plaque dentaire et autres bactéries nocives, même pour la santé cardiovasculaire…

Et si l’on avale son chewing-gum ?

Comme chacun le sait, avaler un chewing-gum n’est pas recommandé. D’accord, en général, il est rapidement éliminé par les voies naturelles, comme n’importe quel autre déchet. Mais il peut aussi arriver qu’il se bloque et forme un amalgame avec d’autres gommes avalées précédemment et des résidus d’aliments. Il y a alors un risque d’occlusion au niveau des intestins ou même dans l’estomac. Ces agglomérats ne peuvent pas être expulsés et doivent être retirés chirurgicalement. Ce sont surtout les jeunes enfants qui en sont victimes, raison pour laquelle il est déraisonnable de donner du chewing-gum à des enfants de moins de 5 ans. L’étouffement par son chewing-gum est lui, absolument exceptionnel…

Avant une anesthésie ?

Lorsque l’on va subir une intervention chirurgicale nécessitant d’être à jeun, il est souvent conseillé de ne rien avaler, et de ne même pas mâcher de chewing-gum. Même chez les enfants. Pourtant, une étude met cette recommandation en doute. Les auteurs estiment que cela n’augmente pas le volume ou l’acidité des sucs gastriques, ce qui pourrait augmenter le risque de vomissement et donc d’étouffement durant l’anesthésie. Au contraire : il favoriserait justement la motilité gastrointestinale (qui favorise l’émission de selles après une anesthésie…), ainsi que la vidange physiologique de l’estomac (ce qui facilite l’intervention). En plus, cela rend l’attente à jeun plus supportable, notamment pour des enfants qui ne comprennent pas qu’on les laisse mourir de faim ! Le tout est de jeter le chewing-gum lorsque les sédatifs sont administrés… (22)

Les conclusions de cette étude ne sont pas unanimes, d’autres ayant montré une augmentation du volume des sucs gastriques et de leur acidité chez ceux qui avaient mâché un chewing-gum. La question que celles-ci posent est d’un tout autre ordre : cette bile plus importante et plus acide implique-t-elle un risque réel pour une opération, ce qui ne semble pas être le cas ! (23)

Le chewing-gum fait-il grossir ou maigrir ?

Le débat semble s’éterniser. Ainsi, des scientifiques affirmaient dans une grande étude que le simple fait de mâcher faisait consommer entre 8 et 14 kcal par heure, en pratiquant 100 mastications par minute. (24) Cela représente quelque 5 kg de graisse par an, mais il faut néanmoins tempérer : il s’agit d’une extrapolation, car personne ne passe ses journées à mâchouiller…

La vraie question est de savoir si le chewing-gum réduit l’envie de grignoter, l’appétit ou la prise de nourriture. Certaines études affirment que c’est le cas chez ceux qui en prennent un toutes les heures et le mâchent pendant 15 minutes (25,26). D’autres considèrent par contre qu’il n’y a pas de différence que l’on mâche un chewing-gum avant le repas ou non, sur l’appétit. (27)

Dernièrement, une autre étude est encore venue semer plus le trouble. Elle affirme que les chewing-gums à la menthe incitent à manger plus sucré, et qu’ils rendent le goût des aliments « salés » (comme les légumes) et des fruits moins agréables. L’auteur compare cet effet à lorsque l’on boit un jus d’orange après s’être brossé les dents. L’étude considère en outre que bien que les quantités absorbées soient moindres chez les mâcheurs, la quantité de calories n’était cependant pas réduite : autrement dit, ils mangeaient moins, mais plus calorique ! (28)

Il ne faut donc pas trop compter sur les chewing-gums pour espérer perdre des kilos superflus…

Références :
1. Cochrane Database of Systematic Reviews 2011, Issue 11. DOI: 10.1002/14651858.CD007095.pub2.
2. Br Dent J 2003; 194: 429–436
3. Br Dent J 1998; 185: 520.
4. J Am Dent Assoc. 2008 May;139(5):553-63.
5. Caries Res 2001; 35:173-177.
6. Cochrane Database of Systematic Reviews 2011, Issue 12. DOI: 10.1002/14651858.CD007592.pub2.
7. Ann Otol Rhinol Laryngol. 2001 Dec;110(12):1117-9.
8. J Dent Res. 2005 Nov;84(11):1062-5.
9. BJOG. 2009 Sep;116(10):1334-9. doi: 10.1111/j.1471-0528.2009.02225.x.
10. Evid Based Nurs 2009;12:20. doi:10.1136/ebn.12.1.20
11. Dig Surg. 2008;25(1):39-45. doi: 10.1159/000117822.
12. J Gastrointest Surg. 2009 Apr;13(4):649-56. doi: 10.1007/s11605-008-0756-8.
13. Arch Surg. 2008 Aug;143(8):788-93. doi: 10.1001/archsurg.143.8.788.
14. Urology. 2007 Dec;70(6):1053-6.
15. Appetite. 2013 Feb 12;65C:31-34. doi: 10.1016/j.appet.2013.02.002.
16. Clinical Practice & Epidemiology in Mental Health 2011,7:133-139.
17. Appetite. 2012 Jun;58(3):1037-40. doi: 10.1016/j.appet.2012.02.054.
18. Appetite. 2012 Jun;58(3):1083-6. doi: 10.1016/j.appet.2012.02.052.
19. Brain and Cognition Volume 81, Issue 3, April 2013 : 376–381. http://dx.doi.org/10.1016/j.bandc.2012.12.002
20. Appetite 2002;38:235-6.
21. Br J of Psychology, 8 mar 2013. DOI:10.1111/bjop.12025
22. Paediatr Anaesth. 2012 Mar;22 (3):288-96. Doi:10.1111/j.1460-9592.2011.03751.x
23. Anesth Analg 2006;102:415–7. DOI: 10.1213/01.ane.0000189218.07293.6e
24. NEJM, 30 dec. 1999, vol. 341 (27):2100
25. Appetite 2011 Oct;57(2):475-82. Doi:10.1016/j.appet.2011.06.008.
26. Appetite 2007 May;48(3):397-401.
27. Appetite. 2007 Mar;48(2):167-75
28. Eating Behaviors, Volume 14, Issue 2, 2013:149-156..
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