Les TCC pour mieux vivre le cancer

Les TCC pour mieux vivre le cancer

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Le cancer, ses traitements, son impact psychologique… sont autant d’épreuves difficiles à surmonter. D’autant que malgré l’attention prodiguée par l’entourage, le malade reste seul face à ses peurs, ses douleurs, son angoisse... Il peut pourtant trouver des ressources en lui pour garder le cap vers la vie. La thérapie cognitive et comportementale peut l’y aider.

Dès le début, l’annonce d’un cancer est un coup de pied violent dans une vie généralement bien organisée. La gifle reçue cède ensuite la place aux traitements : chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie, immunothérapie… avec leur cortège propre d’effets secondaires. Quant au moral, il n’est pas toujours évident pour le malade de le garder au beau fixe.

Alexandra Meert est psychologue spécialisée en thérapie cognitivo-comportementale (TCC), Dans le cadre de la Fondation Mimi, elle propose un soutien psychologique aux personnes atteintes d’un cancer aux Cliniques de l’Europe, à Bruxelles. Elle est aussi l’auteur d’un ouvrage sur l’apport des TCC pour vivre au mieux cette période difficile. « J’ai écrit ce livre car j’espère qu’il va permettre aux malades de trouver des outils pratiques quand ils ne vont pas bien, physiquement et moralement. Avant les traitements, le patient peut travailler sur ses représentations, notamment sa peur de la mort. Car le plus souvent, ce n’est pas en réalité la situation en elle-même qui détermine votre état émotionnel et vos réactions, mais bien la façon dont vous allez l’interpréter. »

S’observer

Nos émotions peuvent aussi influencer les effets secondaires des traitements, comme les nausées ou la fatigue. Si elle n’a évidemment aucune prise sur la situation difficile que le patient vit, la psychologue peut l’aider à prendre du recul, à raisonner autrement. « Il est normal de pleurer, d’avoir peur. Le but est de faire en sorte de ne pas se laisser envahir par ces émotions négatives, pour l’aider à s’adapter à la réalité qu’il vit et ne peut pas modifier. »

Ce livre peut aider à faire ce travail seul, à la maison. Mais l’accompagnement d’un professionnel s’avère souvent très utile en parallèle. La première étape consiste à s’observer, s’écouter, afin d’identifier quelles pensées négatives se montrent envahissantes, influençant notre état émotionnel (ce que nous ressentons) ainsi que nos comportements. « Par exemple les ruminations. Ruminer ne sert à rien, c’est un processus terrible dont on ne sort pas, on n’en tire aucune conclusion, on tourne en rond. » Et l’on entre dans un cercle vicieux.

Analyser ses pensées

La première étape consiste donc à les observer, puis les analyser. Alexandra Meert propose un tableau à remplir, en prenant le temps de comprendre, en se concentrant pour retrouver ce qui se joue à la fois dans notre tête et notre corps. Il s’agit alors d’identifier une situation qui donne lieu à des pensées négatives. Prenons l’exemple donné par l’auteur : « Le médecin m’a annoncé que j’avais un cancer du côlon. » Dans la deuxième colonne, on indique les pensées que cela a suscitées : « Je vais mourir », « Pourquoi moi ? », « Je ne supporterai pas une stomie », etc. La troisième colonne reprend les émotions et symptômes que cela produit : déprime, colère, panique, pleurs… et la 4è colonne les comportements adoptés : prise de calmants, repli sur soi en ne sortant plus de chez soi, recherche d’infos sur internet… Enfin, on analyse dans la dernière colonne les conséquences de ce comportement : « le repli peut donner à court terme un sentiment sécurisant, mais à long terme, il va m’isoler de mes amis » ; « les infos sur internet m’angoissent » ; « les calmants m’apaisent » ; « je ne prends plus soin de moi »… C’est en consignant tout cela que l’on va peu à peu se rendre compte que nos raisonnements ne sont pas logiques, que nous nous laissons envahir par des pensées automatiques, culpabilisantes, des croyances erronées, des pensées tyranniques (« il faut que je dorme », « je ne dois pas stresser »…), des scénarios catastrophe, etc. « Se répéter ces types d’idées peut parfois correspondre à la réalité, mais cela minera votre moral et n’apportera rien d’utile, précise la psychologue. Car dans la grande majorité des cas, la réalité est moins pénible et moins douloureuse que l’interprétation que vous en faites. »

Voir les choses autrement

Et même si la réalité est noire, la ressasser n’aidera en rien. L’attitude qui permettra de vivre au mieux l’annonce d’un cancer est de s’adapter à cette nouvelle réalité. « Le but d’une thérapie comportementale ne sera jamais d’atteindre un optimisme outrancier ni de pratiquer la pensée positive à tout prix, mais simplement de voir les choses telles qu’elles sont réellement. »

Et l’on arrive à la deuxième étape, après l’auto-observation : donner à nos pensées la juste importance : ce ne sont qu’hypothèses, possibilités, interprétations parmi d’autres. « L’objectif des exercices qui vont être réalisés consistera notamment à concevoir des pensées alternatives, à savoir des éclairages différents sur une même situation. » Voir les choses autrement, d’autres possibilités, évaluer la probabilité que notre raisonnement soit le bon… Mieux, on va rechercher ensuite des pensées alternatives, moins anxiogènes (« Mon cancer est agressif, mais le traitement que je reçois est ciblé et donne de très bons résultats »), en observant les conséquences positives de ces nouvelles pensées.

Combattre les pensées négatives

Lorsque les pensées négatives ont malgré tout envie de s’imposer, il est aussi possible de chercher des activités paradoxales : « Leur but est d’inverser l’humeur, le comportement ou les sensations désagréables issus de pensées inadaptées. Elles peuvent par exemple consister à prendre soin de soi, se faire plaisir, focaliser volontairement ses idées sur autre chose, adopter un comportement gratifiant ou entamer une activité dont on sait qu’elle calmera les émotions déplaisantes, comme par exemple marcher pour apaiser l’anxiété », poursuit Alexandra Meert. A chacun ses goûts.

Pour contrer ces pensées négatives on peut aussi leur interdire d’émerger ; se concentrer sur le présent, ou au contraire se projeter dans un avenir lointain, lorsque les traitements seront terminés et s’imaginer les vivre ; se créer une image mentale d’un lieu apaisant où l’on se réfugiera quand le moral baisse. Physiquement, on peut aussi éliminer l’angoisse par des techniques de respiration ou de relaxation. Le livre d’Alexandra Meert donne plusieurs techniques faciles à réaliser.

Accepter l’inévitable

Elle donne des conseils également pour agir sur nos comportements inadaptés, comme s’isoler, nier ses peurs, ne pas oser passer des examens complémentaires, etc. L’évitement est courant, pour éviter de se confronter à ses craintes et rester dans une zone de confort. Garder une vie active tant que cela est possible, même durant les traitements, garder des contacts sociaux : voilà déjà des pistes essentielles pour ne pas sombrer dans la déprime.

Alexandra Meert donne aussi des clés pour accepter la réalité d’une mutilation ou de ce qui est ressenti comme tel (mastectomie, stomie, déformation d’une partie du corps, voire perte des cheveux, etc.), ainsi que des conseils pratiques pour limiter les effets secondaires des traitements, en dehors du champ des TCC.

Pour tous ?

Ce type de thérapie est-il applicable à toute personne ? « Je ne pense pas. Le bénéfice des TCC peut dépendre du caractère des patients. Elle conviendra à des personnes qui sont en phase avec la démarche scientifique dans leur réflexion et mode de fonctionnement, qui sont rationnelles et capables d’esprit critique. Celles qui cherchent du sens à tout ce qui leur arrive, qui axent tout sur le pouvoir du moral, qui justifient l’émergence de leur cancer par des explications non-fondées, celles-là en tireront probablement moins avantage », avertit Alexandra Meert. Mais cela ne vaut-il pas la peine d’essayer ?

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