Quelques nouvelles découvertes sur la maladie d'Alzheimer

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La maladie d'Alzheimer est la première cause de démence chez les personnes âgées. La recherche s'active à trouver des traitements et à comprendre son déroulement. En voici quelques unes parmi les plus récentes.

Sur la piste des métaux lourds

Plusieurs métaux lourds sont suspectés de favoriser l’apparition de lésions cérébrales en s’accumulant dans le tissu du cerveau.

Précisons d’emblée que la présence de ces métaux est, à des taux normaux, indispensable à leur bon fonctionnement. Mais le soupçon se porte depuis quelques années sur les taux de fer, de cuivre, d’aluminium, de mercure et de zinc. Ils sont accusés d’avoir des effets neurotoxiques en lien avec le risque d’Alzheimer lorsqu’ils sont présents en trop grandes quantités, favorisant la production de protéine Tau (dont le rôle dans la maladie d’Alzheimer est bien connu).

Il s’agirait donc de limiter les apports supplémentaires sans avis médical, et de peut-être sensibiliser le monde de l’industrie agro-alimentaire sur les risques de certains de ces métaux utilisés parfois à grande échelle pour la conservation des denrées, et le risque de migration…

Références :
1. Zhang Qinli, Li Meiqing, Jiao Xia, Xu Li, Guo Weili, Ji Xiuliang, Ji Junwei, Yang Hailan, Zhang Ce and Niu Qiao. Necrostatin-1 inhibits the degeneration of neural cells induced by aluminum exposureRestorative Neurology and Neuroscience, 2013; DOI: 10.3233/RNN-120304
2. Itender Singh, Abhay P. Sagare, Mireia Coma, David Perlmutter, Robert Gelein, Robert D. Bell, Richard J. Deane, Elaine Zhong, Margaret Parisi, Joseph Ciszewski, R. Tristan Kasper, and Rashid Deane. Low levels of copper disrupt brain amyloid-β homeostasis by altering its production and clearancePNAS, August 19, 2013 DOI: 10.1073/pnas.1302212110
3. Erika P. Raven, Po H. Lu, Todd A. Tishler, Panthea Heydari, George Bartzokis. Increased Iron Levels and Decreased Tissue Integrity in Hippocampus of Alzheimer’s Disease Detected in vivo with Magnetic Resonance ImagingJournal of Alzheimer's Disease, 2013

L’allaitement, un effet protecteur ?

Des chercheurs de l’Université de Cambridge ont réalisé des interviews de 81 femmes britanniques âgées de 70 à 100 ans, touchées ou non par la maladie d’Alzheimer. Ils les ont questionnées, entre autres, sur leurs grossesses, le mode d’alimentation de leurs bébés et ont comparé ces données avec la présence de maladie d’Alzheimer, ou encore avec l’âge auquel les manifestations de la maladie se sont produites.

Ils ont pu en conclure que les femmes qui avaient allaité leurs enfants avaient un risque réduit d’Alzheimer par rapport à celles qui n’avaient pas allaité ; la durée de l’allaitement était aussi importante, car plus elle était longue, plus le risque d’Alzheimer était réduit.

Notons cependant que ces corrélations étaient nettement plus faibles lorsque ces femmes avaient des parents proches qui avaient souffert de la maladie d’Alzheimer.

L’une des explications avancées repose sur le taux de progestérone, qui diminue fortement durant l’allaitement par rapport à ce qu’il est durant la grossesse. Progestérone qui désensibilise les récepteurs cérébraux de l’œstrogène, qui joue elle-même un rôle protecteur dans le cerveau contre la maladie d’Alzheimer. Le taux de progestérone réduit laisse donc davantage le champ aux effets protecteurs oestrogéniques…

Une autre piste serait à trouver dans la résistance à l’insuline. En effet, durant la grossesse, la tolérance à l’insuline est diminuée ; l’allaitement permettrait donc de la restaurer. Or, la maladie d’Alzheimer se caractérise justement par une plus grande résistance à l’insuline au niveau cérébral.

Bien que le nombre de femmes étudiées soit particulièrement faible, ces chercheurs considèrent que leurs associations méritent de l’attention.

Référence : Molly Fox, Carlo Berzuini, Leslie A. Knapp. Maternal Breastfeeding History and Alzheimer's Disease RiskJournal of Alzheimer's Disease, 2013 DOI: 10.3233/JAD-130152

Un déclin cognitif plus important chez les femmes

C’est en étudiant 688 hommes et femmes de plus de 65 ans, dans le cadre de l’Alzheimer’s Disease Neuroimaging Intitiative, une étude longitudinale menée par différents centre, que des chercheurs de l’Université de Californie ont constaté des différences de genre, dans l’évolution de la maladie.

Ainsi, ils ont constaté que les femmes qui présentaient des déficiences cognitives modérées dans le cadre d’une suspicion d’Alzheimer, connaissaient par la suite un déclin cognitif plus important que les hommes. Par ailleurs, toutes les femmes, qu’elles montrent ou non des signes de démence, présentaient des pertes de substances dans certaines zones cérébrales plus importantes que les hommes.

Est-ce que cela signifie que d’autres facteurs entrent en jeu chez les femmes ? Que le cerveau des femmes est plus sensible aux lésions subies ? Que les femmes observées ont des taux de résistance à l’insuline ou de diabète plus important que les hommes ?

Cette constatation engendre davantage de questions que de réponses. Mais comme le souligne l’un des chercheurs, il faudra y trouver des réponses, car ce qui pourrait fonctionner pour les uns pourrait être inefficace pour les autres, que ce soit en termes de ralentissement de la progression de la maladie ou de traitement… La prise en charge pourrait aussi être différente selon le sexe des patients dès aujourd’hui.

Référence : D. Holland, R. S. Desikan, A. M. Dale, L. K. McEvoy. Higher Rates of Decline for Women and Apolipoprotein E ε4 CarriersAmerican Journal of Neuroradiology, 2013; DOI: 10.3174/ajnr.A3601

Le rôle du stress

Le rôle du stress chronique dans la survenue de la maladie d’Alzheimer reste débattu. Récemment, une étude sur les souris a considéré que rien ne permettait de l’accuser. (1) 

En effet, des souris avaient été soumises à un stress constant de leur premier mois de vie jusqu’au troisième, et dans un autre groupe, de leur 4è au 6è mois de vie. Au final, aucune différence entre les deux groupes et les souris qui n’avaient été soumises à aucun stress : pas davantage de plaques de béta-amyloïde…

Mais une autre étude a porté sur un autre type de souris transgéniques. Elle part du constat que les patients Alzheimer présentent des taux de corticostéroïdes (une hormone du stress), deux à trois fois supérieurs que les personnes saines. Selon les chercheurs, un taux de corticostéroïdes trop élevé durant une trop longue période peut endommager ou provoquer la mort de cellules neuronales, et de là, diminuer les capacités de mémoire et d’apprentissage.

En administrant durant une semaine des doses quotidiennes de corticostéroïdes à un groupe de leurs souris, ils ont constaté que bien qu’elles ne présentent encore aucune diminution de leurs capacités, elles avaient tout de même des taux de protéine Tau plus élevés que celles qui n’avaient rien reçu. Dans un troisième groupe de souris, les chercheurs ont démontré que les souris qui avaient été manipulées pour être dépourvues d’une enzyme cérébrale particulière (5-lipoxygénase) étaient protégées des lésions du cerveau… Or, cette même équipe de chercheurs avait en effet montré précédemment qu’une concentration élevée de cette enzyme était associée à une production plus importante de protéine Tau et de béta-amyloïde…

Conclusion des chercheurs : le stress engendre une plus grande production de corticosteroïdes, qui provoque une surexpression de la 5-lipoxygenase et en augmente les taux, ce qui cause à son tour une augmentation des taux de protéine Tau et de béta-amyloïde…

Références :
1. Yuan Q, Su H, Chau WH, Toa Ng C, Huang J-D, et al. (2013) Behavioral Stress Fails to Accelerate the Onset and Progression of Plaque Pathology in the Brain of a Mouse Model of Alzheimer's Disease. PLoS ONE 8(1): e53480. doi:10.1371/journal.pone.0053480
2. Yash B. Joshi, Jin Chu, Domenico Pratic. Knockout of 5-lipoxygenase prevents dexamethasone-induced tau pathology in 3xTg miceAging Cell, 2013; DOI: 10.1111/acel.12096

Pourquoi n'avons-nous pas tous l'Alzheimer?

Trop de gens considèrent que la maladie d’Alzheimer est inévitable en vieillissant. Heureusement, il n’en est rien ! Une majorité d’entre nous n’en souffrira pas. Mais pourquoi donc ?

Un chercheur avance une hypothèse. Pour que la maladie se déclare, il faut que des éléments se combinent, à savoir la production de béta-amyloïde et de protéine Tau. La première est le résultat de la combinaison d’une protéine précurseur d’amyloïde (APP) et d’une enzyme appelée béta-sécrétase (BACE). Comme ces deux protéines sont exprimées dans le cerveau, il est logique de penser que leur rencontre est inévitable et provoquera la production de béta-amyloïde, donc la maladie d’Alzheimer.

Pourtant, chez la plupart d’entre nous, il existe un mécanisme qui veille à les garder loin l’une de l’autre…  D’où leur nouvelle piste de rechercher : comprendre quels sont ces mécanismes pour envisager un jour de les reproduire et ainsi prévenir la maladie.

Référence : Utpal Das, David A. Scott, Archan Ganguly, Edward H. Koo, Yong Tang, Subhojit Roy. Activity-Induced Convergence of APP and BACE-1 in Acidic Microdomains via an Endocytosis-Dependent PathwayNeuron, 2013; 79 (3): 447 DOI: 10.1016/j.neuron.2013.05.035
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