Substances chimiques et cancers: quels liens?

Substances chimiques et cancers: quels liens?

SenDocteur.com Bien être

La relation entre certaines substances chimiques et l’apparition de cancers est régulièrement mise en avant. Il est vrai que certaines d’entre elles sont clairement identifiées comme cancérogènes, donc « génératrices » de cancers en cas de contacts, d’ingestion, d’inhalation… soit à taux élevé et même pendant une courte durée, soit fréquemment et sur une longue période à des taux très faibles. En fait, tout dépend de la substance de laquelle on parle…

Pour surveiller l’effet potentiellement cancérigène des substances chimiques, l’IARC (International Agency for Research on Cancer) les a classées selon leur caractère cancérigène (http://monographs.iarc.fr/ENG/Classification/).

Mais il faut bien l’admettre : le flou le plus artistique plane sur la grande majorité des substances (agents) chimiques recensées par l’IARC. Du coup, toutes les incertitudes sont de mise pour le grand public, bien perdu dans les risques des substances présentes dans leur vie de tous les jours. Résultat : un grand nombre d’idées circulent, sans que l’on sache si elles sont correctes.

Passons en revue quelques-unes d’entre elles, et répondons-y, en précisant cependant que la science étant – bien heureusement – en perpétuelle évolution, nous apportons les réponses valables dans l’état actuel des connaissances…

Les poêles en téflon sont cancérigènes

Faux, mais à certaines conditions. Les poêles en téflon ne semblent pas poser de problème dans des conditions normales d’utilisation. Par contre, si le revêtement est rayé ou abîmé, il risque de s’en échapper certaines substances, comme du tétrafluoroéthylène (TFE), classé comme cancérigène par l’IARC. Il faut cependant que la poêle soit chauffée à très haute température (environ 350°C) pour que les émanations posent problème pour la santé. A titre indicatif, nous cuisons nos steaks à moins de 230°C.

Il faut se méfier des meubles en bois aggloméré, à cause des colles qu’ils contiennent

Vrai. Les copeaux de bois sont collés ensemble et compressés pour former des plaques qui seront ensuite utilisées pour des meubles, des « faux parquets », des plaques de construction, etc. Le problème, c’est que des émanations proviennent de ces colles, contenant du formaldéhyde. Cette substance chimique, jusqu’il y a peu considérée comme cancérigène possible, est désormais classée dans le groupe 1.

Une exposition continue au formaldéhyde est susceptible de provoquer des leucémies (myéloïdes en particulier), voire des cancers des voies nasopharyngées.

Notons cependant que les formaldéhydes ne se retrouvent pas uniquement dans les bois agglomérés, mais aussi dans les peintures (notamment de jouets !), ou encore la laine de verre ou des mousses synthétiques, par exemple.

Les médicaments ne nous veulent pas que du bien…

Vrai, mais… Les médicaments sont des substances chimiques qui ne sont pas dénuées d’effets secondaires, voire de contre-indications. Cependant, leur but est de nous soigner, ou de calmer des symptômes et il serait stupide de les rejeter sous ce prétexte ! Raison pour laquelle le médecin est le meilleur juge de la balance risque/bénéfice.

Il y a cependant des substances clairement cancérigènes qui sont administrées. C’est le cas par exemple du tamoxifène, qui peut induire un cancer de l’endomètre. Mais comme il est particulièrement efficace pour limiter les risques de métastases en cas de cancer du sein, il vaut la peine d’être administré aux femmes concernées !

Autre exemple, contraire celui-là : celui des traitements hormonaux substitutifs prescrits à certaines femmes au moment de la ménopause, afin d’en éviter les effets désagréables. Alors qu’ils protègent de cancers de l’endomètre et des ovaires, ils peuvent aussi augmenter le risque de cancers hormonodépendants, en particulier certains types de cancers du sein… Il est donc indispensable de prendre l’avis d’un médecin qui pèsera les bénéfices et les risques de pareils traitements.

L’alcool ne provoque que des problèmes au foie

Faux. L’alcool, c’est vrai, peut provoquer une cirrhose, et la cirrhose peut dégénérer en cancer du foie. Mais ce n’est pas le seul effet de l’alcool : l’acétaldéhyde (qui provient de la métabolisation de l’éthanol, mais qui est aussi directement inclus dans des boissons alcooliques, comme le Calvados) qu’il contient est réputé pour provoquer des cancers des voies aéro-digestives supérieures.

De bons steaks bien grillés ne font de tort à personne…

Faux. Les aliments grillés au point d’avoir des traces carbonisées dégagent des acrylamides et du furane. Ces substances sont classées comme cancérigènes, soupçonnées de provoquer des cancers du sein, en tout cas chez la souris. Ces substances se retrouvent également dans nos frites nationales (vu qu’il est présent en particulier dans les aliments riches en amidon) lorsqu’elles sont cuites à trop haute température (supérieure à 100°C) ou les chips, mais aussi dans d’autres produits, comme le café par exemple.

Les produits pour teindre les cheveux, ainsi que les anti-poux sont cancérigènes.

Faux. En tout cas aujourd’hui… De nombreuses études ont analysé les produits de teinture et examiné leur implication possible dans le déclenchement de cancers de différents types : du sein, de la vessie, des poumons, du sang, lymphome non hodgkinien, etc. Et même l’impact qu’ils peuvent avoir sur les fœtus lorsque des femmes enceintes sont en contact avec ces produits. Or, à l’heure actuelle, on ne voit pas de nombre de cancers plus élevé ni chez les femmes qui se font teindre les cheveux chez le coiffeur, ni chez celles qui utilisent des produits à effet temporaire, ni chez les coiffeurs qui les manipulent. Ceci semble être dû à l’amélioration des produits depuis les années 50, après avoir banni les composants les plus dangereux !

Quant aux produits anti-poux, ils sont le plus souvent à base de perméthrine et de malathion. Or, ces deux substances sont classées dans le groupe 3, à savoir les fameux inclassables, faute d’études probantes. Vu que ce sont essentiellement des enfants qui y sont soumis, peut-être vaut-il mieux les éviter, et avoir recours à des méthodes plus mécaniques (peigne anti-poux surtout), voire d’autres substances qui visent à étouffer les poux… Une simple mesure de précaution.

Les jouets des enfants peuvent provoquer des cancers

Vrai, mais pour certains seulement ! Et heureusement, d’ailleurs. Certains phtalates, qui se retrouvaient dans les jouets en plastique souple, ont d’ailleurs été interdits en Europe dans tous les produits de puériculture. Les bébés les suçant ou les mâchouillant, ils pénétraient dans leur organisme. Théoriquement, un système de surveillance au niveau européen (RAPEX) veille à ce que de tels jouets fabriqués hors Europe n’arrivent pas dans nos circuits de commercialisation. Il n’empêche qu’ils se retrouvent encore dans des objets usuels comme dans les fournitures de bureau, les nappes, les rideaux de douche ou encore des cosmétiques ou des emballages alimentaires… Et même à l’hôpital dans des tubes et poches de perfusion, cathéters, gants médicaux, sondes…

Ils agissent comme des perturbateurs hormonaux qui sont à l’origine de mutations favorisant des cancers hormonodépendants, comme les cancers du sein.

Les biberons en plastiques peuvent provoquer des cancers

Possible. On a beaucoup parlé les mois derniers du bisphénol A, notamment parce qu’il est utilisé dans les plastiques dont on fabrique les biberons. Mais il se retrouve aussi dans le revêtement intérieur des conserves ou des cannettes. Il est soupçonné de provoquer des cancers du sein chez la femme, de la prostate chez l’homme. Le doute subsistant, la Commission européenne en a néanmoins réglementé l’utilisation, notamment pour les biberons, vu que le bisphénol A qui en proviendrait se retrouverait dans l’organisme de bébés…

Les fruits et légumes peuvent être cancérigènes à cause des pesticides

Faux. S’il est vrai que des agriculteurs ayant utilisé des pesticides présentent davantage de cancers de types bien précis (lymphomes, leucémies, myélomes), les taux présents dans les produits à consommer (fruits et légumes) sont minimes et bien inférieurs aux seuils de toxicité. Mais surtout, les pesticides les plus dangereux sont interdits chez nous, même s’il en reste quelques traces dans les sols et les nappes phréatiques… Conclusion : une alimentation riche en fruits et légumes reste essentielle pour notre santé ! Par contre, les particuliers ont tendance à utiliser des pesticides à usage privé au jardin, les maniant souvent sans précaution, ce qui peut apporter à ces derniers des doses très toxiques…

Les déodorants peuvent provoquer un cancer du sein

Faux. Le lien est très peu vraisemblable. Ceux qui incriminent les parabènes prétendent que ceux contenus dans les déodorants s’introduisent dans les ganglions axillaires dans lesquels on retrouve les cellules cancéreuses qui vont alors « coloniser » le sein. En réalité, le cheminement de celles-ci est inverse : une tumeur au niveau du sein peut se disséminer via le système lymphatique qui passe par les ganglions, qui sont à leur tour touchés par les cellules cancéreuses. Et comme, il est vrai que les parabènes ont tendance à s’accumuler intacts dans les cellules lipophiles, notamment les cellules cancéreuses, ils s’y retrouvent aisément… Surtout le méthylparabène, le plus fréquemment utilisé en cosmétique, mais qui induit le moins de perturbations hormonales.

Enfin, même si les parabènes ont tendance à perturber le système hormonal en « mimant » les œstrogènes (effet xéno-œstrogénique), ce qui pourrait faciliter l’apparition de cancers hormonodépendants, comme celui du sein par exemple, cette activité est faible par rapport à l’activité hormonale naturelle… Celles qui doutent peuvent néanmoins se tourner vers des déos sans parabènes.

On le voit, les substances chimiques ne sont pas toutes à mettre dans le même panier et ne doivent pas être évitées par crainte du cancer. Par contre, certaines sont clairement cancérigènes et des décisions politiques devraient être prises pour celles toujours en circulation (formaldéhyde, par exemple). REACH, ce système de preuve d’innocuité des substances chimiques que doivent désormais apporter les producteurs, est un premier pas (perfectible…) pour mettre en lumière les risques ou l’absence de risque de chaque substance testée…

Des seuils à ne pas dépasser sont définis pour toutes ces substances, mais la question de l’adéquation de ces normes aux personnes les plus fragiles (notamment des nourrissons) reste posée ; de même que les effets « cocktail » (effet synergique) de toutes ces substances. En effet, notre organisme est en contact avec un grand nombre de substances très variées ; leur présence, même chacune sous le seuil en question, concomitante pourrait avoir des effets inconnus… La présence concommitante d’une ou plusieurs molécules toxiques amplifie de manière exponentielle leur toxicité. Par exemple, une dose de mercure tue 1 rat sur 100 ; une dose  plomb qui tue aussi 1 rat sur 100 ; mais si les deux métaux sont donnés aux mêmes rats, 100 sur 100 meurent…

En attendant, nous devons aussi prendre nos responsabilités et éviter tant que possible les substances les plus dangereuses. Le tabac figure en première place : le bannir est une mesure qui permettra déjà d’éviter bon nombre de cancers. Ajoutez à cela une alimentation équilibrée et de l’activité physique quotidienne pour permettre à notre système immunitaire de combattre efficacement les tumeurs qui se déclarent quotidiennement dans notre organisme, et nous sommes sur la meilleure voie possible. Au quotidien, nous pouvons aussi éviter certaines sources de substances chimiques cancérigènes ou potentiellement telles, comme les plaques en aggloméré, « cramer » ses aliments, abuser des barbecues ou boire trop d’alcool… Quant aux substances pour lesquelles persiste un doute, libre à chacun d’entre nous d’appliquer le principe de précaution et de chercher des alternatives plus saines…

Enfin, si nous avons peu de possibilité d’échapper aux agents toxiques, nous pouvons réduire leurs effets nocifs en optimisant les capacités de notre organisme – en tout cas celles du foie – à les détoxifier, c’est-à-dire à les inactiver et à permettre leur élimination rapide et efficace.

Avec tous nos remerciements au Pr Vincent Castronovo, président du GIGA de Liège, et professeur à l’Université de Liège.

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